Non classé 10 décembre 2015

Delacroix, celui que l’Antiquité a conduit à la révolution

by admin

Delacroix, celui que l’Antiquité a conduit à la révolution. 28 décembre 1857, installation du peintre Eugène Delacroix au 6, rue de F¨urstenberg.  L’artiste, chargé depuis 1847 du décor de la chapelle des Saints-Anges de l’église Saint-Sulpice, souhaitait finir à tout prix son oeuvre. Souffrant depuis plusieurs années, il désirait se rapprocher géographiquement de l’église où il travaillait. Un ami, Etienne Haro, lui avait trouvé ce logement, entre cour et jardin, calme, aéré, situé au premier étage d’un immeuble qui faisait partie des anciens communs du palais abbatial de Saint Germain des Prés.

C’est là qu’Eugène Delacroix installa son dernier appartement, à l’emplacement actuel du Musée Eugène Delacroix.

Il eut même la possibilité de faire construire son atelier dans le jardin clos dont il avait l’usage exclusif. Et c’est sur la façade de cet atelier que l’artiste, s’inspirant du style néo-classique amplement utilisé dans les demeures britanniques du XIX ème, donna libre cours à son admiration pour l’Antiquité.

Même si l’Antiquité constituait une étape traditionnelle dans la formation des artistes dès la Renaissance, un réservoir de mythes, de légendes et de décors, elle devient néanmoins la source d’inspiration dominante au XIX ème.Les guerres de conquêtes françaises et anglaises ont rapporté dans leurs malles une matière archéologique abondante. De Napoléon à Lord Elgin, l’Europe vit à l’heure antique: monnaies, statues, obélisques, arcs de triomphes migrent vers l’ouest de l’Europe. L’ antiquité est partout, sur les places, dans les musées et même dans les salles de vente où l’ amateur peut acquérir tessons de céramique ou morceaux de statues à l’envi. Elle inspire la mode vestimentaire, fournit des éléments de décoration, nourrit le ferveur néoclassique. D’aucuns se lancent sur les traces des conquérants et visitent les « poudreuses ruines » de Grèce, d’Egypte et d’ Afrique du Nord.

Delacroix, lui, n’a pas sillonné pas les chantiers archéologiques. L’antiquité, il la rencontre lors d’un séjour à Londres, puis il la travaille à Paris. Il en extrait des formes, des proportions, s’entraîne à partir du tracé de médailles. Elle lui fournit aussi des mises en situations, qu’il réutilise dans ses tableaux. Delacroix ne s’arrête pas à une imitation servile de la thématique antique ou de sa statuaire.  C’est pour lui un terrain d’exercice, un moyen de dynamiser ses mises en scènes, un pas vers l’exacerbation du mouvement, une expérimentation sans cesse renouvelée pour promouvoir une nouvelle symbolique du message pictural.

Avec Delacroix l’Antiquité n’apparaît  pas comme un recueil de modèles. L’antiquité est révélée comme un noyau de perturbation, elle sème la discordance, la rebellion. Elle permet de dépasser les affirmations philistines, pour semer une révolution des formes et des thèmes, et produire des oeuvres comme le Radeau de la Méduse. Dominique Grimardia

Musée Eugène Delacroix, Place de Fustenberg, 75006 Paris